Cycle Italien

Saison 2011-2012

Il Campiello
de Carlo Goldoni

Les Enfants de la pleine lune
d'Emanuelle delle Piane

Frères
de Francesco Silvestri

2012-2013
Bar
de Spiro Scimone

Billetterie :
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INFOLETTRE
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Bar - Critiques
de Spiro Scimone

C’EST BIEN MEILLEUR LE MATIN – 11 JANVIER 2011

Annie-Soleil Proteau
Dernièrement, il y a Pierre-François Legendre qui est venu nous rendre visite pour nous parler de Bar une pièce dans laquelle il joue pour le Théâtre de l’Opsis. Hier soir, je suis allée voir ça. C’est une pièce d’un auteur italien qui s’appelle Spiro Scimone. C’est un auteur qui fait partie de la nouvelle génération d’auteurs italiens. Depuis ses débuts, il est vraiment placé au premier plan. Les critiques en Italie sont dithyrambiques par rapport à ce qu’il fait. On le compare énormément à Samuel Beckett. Grosse comparaison, n’est-ce pas? Mais c’est légitime parce qu’il y a un espèce de comique absurde dans ses textes et tout est très punché. Donc, cette comparaison-là est très valable.

Donc, ce que ça raconte : c’est l’histoire de quatre jours dans la vie de deux hommes qui sont complètement paumés, dépassés par les événements. Il y en a un dont le grand rêve c’est de faire des coktails dans des bars. C’est très ambitieux, n’est-ce pas? Et l’autre, se met à fricoter avec des petits gangsters de la mafia locale. Alors, les deux se retrouvent dans un bar. Et là au niveau du décor j’ai trouvé ça plutôt ingénieux, parce qu’au niveau du décor, on a l’impression qu’ils sont mis en boîte. On a l’arrière-scène d’un bar italien, tout ça est fait en coin. Et, à l’arrière, il y a un écran qui change de couleur selon qu’on est le jour et la nuit. Alors ça, c’est très ingénieux.

Et on retrouve Pierre-François Legendre qui joue l’un des deux Laurel et Hardy, et Marc Beaupré qui, à un mois à peine de la pièce, a dû remplacer Jean-Nicolas Verreault qui devait jouer le rôle. Et Marc Beaupré, vraiment, est fabuleux dans ce rôle parce qu’il aurait tellement pu être encarcané dans son personnage de Kevin qu’on a vu dans Tag qui est un petit bum. Et il réussit complètement à nous faire oublier ça. Bon, ça fait quelques années, mais c’est un rôle qui nous a marqués. Et c’est la même chose pour Pierre-François Legendre qui jouait Carlos dans Les Invincibles et qui aurait pu être marqué par ça. Et ce n’est pas le cas, bien que son personnage ait de grandes similitudes avec Carlos. C’est-à-dire que c’est un être plutôt mou qui est complètement dominé par sa mère qui le réveille elle-même, même s’il a un réveil matin; qui lui fait faire sur mesure des vestons ridicules. Et ça, ça fonctionne parfaitement.

Il y a une chose qui m’a un petit peu agacé par contre, c’est que dans le texte il y a de grands trous, des silences. Et j’ai l’impression que c’est dans l’idée de nous laisser nous, comme spectateurs, réfléchir et trouver des réponses. Mais ça m’a plutôt paru comme des espèces de bulles où il y avait un flottement. Ce qui faisait que ça manquait un peu de rythme. Mais il reste que malgré ça la mise en scène de Luce Pelletier est très intéressante et c’est une pièce qui nous fait rire. J’ai passé en général un très bon moment. C’est à l’affiche au Prospero et ça s’appelle Bar.

LE DEVOIR « UN JEU QUI SE JOUE À DEUX »  – 12 JANVIER 2011

Philippe Couture

Des losers.  C’est bien ce que sont Nino (Pierre-François Legendre) et Petru  (Marc Beaupré), attachants protagonistes de Bar, l’une des premières pièces de l’Italien Spiro Scimone (elle fut créée en Italie en 1996)

Le premier, tenancier d’un bar que l’on suppose plutôt sinistre, est pendu aux jupes de sa mère et rêve de servir les apéritifs dans un établissement plus relevé. Le deuxième, pilier de bar qui n’hésite plus à fréquenter davantage l’arrière-boutique que le zinc, joue à des jeux dangereux avec la petite mafia locale. De grands naïfs, certes, mais aussi de petits exploités qui, à leur tour, cherchent des moyens d’exercer un contrôle sur l’autre et de se tailler une petite place dans un monde d’escroqueries, de putasseries et d’argent sale. Ce sont des paumés qui n’ont, hélas, pas les moyens de se payer la vie rêvée en argent sonnant.

La mise en scène de Luce Pelletier les tire vers le clown, à coups de facéties et de légères espiègleries, accentuant leur candeur et leur caractère enfantin sans trop exagérer les traits. Si cela les rapproche, au premier degré et de manière superficielle, de Beckett et son Godot, ça a surtout le mérite de nous les présenter comme les pions d’un petit jeu sans fin. Car Nino et Petru sont les dociles jouets de Gianni, ce crapuleux qu’on ne verra jamais sur scène mais qui les manipule à son gré, tout comme ils sont l’un pour l’autre, selon les cas, des alliés ou des concurrents dans le grand jeu de la poursuite d’une vie meilleure et de la vengeance contre l’assaillant.

On n’est pas à un retournement de situation près dans une telle mécanique, et les rôles seront inverses à quelques reprises, même si cela se produit tout en douceur. Une dualité que la scénographie d’Olivier Landreville exprime par des jeux de damier au sol et sur les murs en semi-transparence. Évocateur et intelligent.

Reste que la metteure en scène observe ses personnages d’un œil généralement tendre et amusé, et que, par là, elle escamote la cruauté de certains de leurs échanges. Car Spiro Scimone écrit presque comme un David Mamet ou un Harold Pinter, répliques courtes, parfois agressives, souvent interrogatives, mais surtout pleines de trous et de non-dits que chaque personnage interprète à sa manière ou laisse en suspens, créant de petites ambigüités et de petits malaises que la direction d’acteur de Pelletier ne met pas tellement en lumière.

Le rapport à l’argent et au pouvoir d’achat, qui m’apparait comme l’un des importants moteurs de l’action dramatique dans cette pièce, est aussi traité avec grande légèreté.
Il faut dire que Bar est une pièce bien plus inoffensive que Nunzio ou La Fête, des textes que Simone a également écrits dans les années 1990 et dont l’esprit « pinterien » est plus palpable, les tensions entre les personnages y étant aussi exposées plus crûment. L’auteur réussit à y traduire un monde cruel et désenchanté tout en ne lésinant pas sur la tendresse. Qui sait, d’autres metteurs en scène québécois auront peut-être envie de s’y frotter…

Collaborateur du Devoir

LA PRESSE – 13 JANVIER 2011

Jean Siag

Ils jouent le drame de leur vie sans vraiment s'en rendre compte... Nino et Petru sont deux amis paumés, et surtout très naïfs, qui attendent en vain, à l'arrière d'un bar sicilien, que le vent tourne en leur faveur.

Pierre-François Legendre et Marc Beaupré ont trouvé le ton juste et le geste approprié pour dépeindre ces deux presque clowns imaginés par le dramaturge italien Spiro Scimone, dans un huis clos «sans psychologie» mis en scène par Luce Pelletier, qui poursuit de belle façon son «cycle italien».

Bien sûr, on pense à Vladimir et Estragon, ces antihéros de la pièce En attendant Godot de Samuel Beckett. Comme eux, Nino et Petru mènent une quête aussi confuse que désespérante dans l'attente. Dans le cas spécifique de Bar, pour se sortir de leur condition miséreuse et changer le cours de leurs vies. Comme eux aussi, ils multiplient les bavardages sur des sujets aussi absurdes et futiles que la chasse aux mouches et aux coquerelles; le réveille-matin de Nino qui n'a jamais sonné parce que sa mère l'arrête toujours 10 minutes avant, etc. Peu importe, demain ira mieux. On fera ce qu'on veut. On travaillera. On sera riche.

Ces deux êtres à la fois attachants et incapables de réaliser leurs plus vils projets sont éminemment caricaturaux. Avec ce Petru au chômage qui fraye avec la mafia, tout en se faisant magistralement rouler... Et ce Nino, totalement sous l'emprise de sa maman, prêt à tout pour devenir un vrai barman «qui fait des apéritifs» ...

On se dit et redit que ces deux-là sont vraiment des pauvres types.

Le tour de force de Luce Pelletier est certainement d'être parvenue à enrober ces deux personnages en forme d'épaves d'un glaçage et d'une ambiance (excellente musique de Catherine Gadouas) à mi-chemin entre le cirque et la bédé. Même leurs visages sont recouverts d'une poudre blanche qui leur donne des airs de bouffons ou de clochards. Confinés à un tout petit espace de jeu, Pierre-François Legendre et Marc Beaupré (qui a remplacé Jean-Nicolas Verreault au pied levé) témoignent d'une belle complicité dans cette partition à deux voix, sans prétention, qu'ils maîtrisent fort bien.

En moins d'une heure, nos deux clowns, qui nous font rire tant ils s'enlisent et s'engluent dans leur immobilisme, n'arrivent à strictement rien. Et pourtant, ils ne perdent jamais espoir. Au contraire, ils ont cette petite lueur brillante dans les yeux, ce petit rictus en coin qui s'obstine à nous dire: on y est presque. Même s'ils n'y sont pas du tout. Qu'à cela ne tienne, ils se versent un dernier verre et puis ils se disent: basta.

 

MON THÉÂTRE –14 JANVIER 2011

par Olivier Dumas
L’automne dernier, le Théâtre de l’Opsis amorçait son cycle italien avec une brillante reprise d’Il Campiellode Carlo Goldoni. Pour la suite cet hiver, Luce Pelletier a privilégié un texte contemporain, intitulé Bar, d’un auteur peu connu sinon inconnu du public québécois, Spiro Scimone. Courte partition exigeante pour deux acteurs, la pièce écrite au milieu des années 1990 atteint parfaitement sa cible grâce à deux comédiens particulièrement allumés.

Si l’œuvre de Goldoni puisait allègrement dans les canevas de la commedia dell’arte, celle de Scimone évoque clairement un univers d’absurdité comique qui rappelle l’inoubliable En attendant Godot de Samuel Beckett. Par son atmosphère d’étrangeté, certains critiques de l’Europe francophone ont même établi des parallèles avec Harold Pinter.

À la fois grinçant, loufoque et émouvant, le récit de Bar se déroule sur une période de quatre jours qui s’annoncent sans histoire palpitante. Il se penche sur les destins de Nino (Pierre-François Legendre) et de Petru (Marc Beaupré), deux hommes cachés dans un bar peu fréquenté. Figures de peu d’envergure, ils se retrouvent rapidement dépassés par les événements. L’un, dominé par une mère castratrice, rêve de concocter des cocktails et apéritifs dans des bars prestigieux qui diffusent de la musique américaine. L’autre, au chômage, fricote avec la petite mafia et perd beaucoup aux cartes. Avec leurs visages pâles, presque blancs, et leurs deux points rouges sur les joues, ces clowns blancs, mélancoliques, tentent de trouver un moyen de se sortir de leur médiocrité en tuant le temps en bavardage inutile. Pourtant, drame il y a, car un meurtre a été commis par l’un des deux protagonistes dont le spectateur n’en connaîtra jamais clairement l’auteur.

L’une des plus belles réussites du spectacle demeure la mise en scène d’une extrême précision de Luce Pelletier. De production en production, cette dernière démontre une capacité à extirper le meilleur de chacun de ses interprètes. Ici, Pierre-François Legendre et Marc Beaupré offrent des prestations autant énergiques que nuancées, et cela sur un minuscule plateau. Par ailleurs, les saisissants contrastes physiques entre les deux acteurs (l’un trapu et grand, l’autre petit et filiforme) ne sont pas sans rappeler certains tandems comiques du septième art, notamment Abbott et Costello. Le passage où Nino raconte avec une naïveté déconcertante certains aspects de sa relation particulière avec sa mère devant un Petru incrédule relève du grand art.

La seule petite réserve se situe au niveau du texte de Spiro Scimone que l’on pourrait qualifier de mineur. Bien qu’efficace et très drôle par moment, l’écriture du dramaturge rappelle trop d’autres œuvres connues (dont le Godot de Beckett) pour véritablement se démarquer. Il lui manque cette petite étincelle pour s’harmoniser à la perfection avec la virtuosité des concepteurs, tous très talentueux.

Sur le plan scénographique, le décor conçu par Olivier Landreville est très ingénieux. L’exigüité du lieu, un bar avec table et chaises qui laissent peu d’espace de jeu pour les acteurs, témoigne merveilleusement bien de l’état d’esprit de ces deux clowns pathétiques et attachants. Legendre et Beaupré y dévoilent une aisance physique particulièrement remarquable. Mentionnons également la trame sonore de Catherine Gadouas qui apporte ponctuellement une dimension sensible à cette histoire baignant autant dans l’absurde ou le fantasme que dans la quotidienneté la plus banale.

Bar, la nouvelle production du Théâtre de l’Opsis ne dure que 55 minutes. L’action se déroule rapidement, sans temps mort, grâce à des artistes inspirés et inspirants. Tout cela laisse augurer d’autres découvertes prometteuses pour l’an 2 du cycle italien.

VOIR « PERDANTS MAGNIFIQUES » – 20 JANVIER 2011

Christian St-pierre

Le Théâtre de l'Opsis nous offre ces jours-ci le réjouissant deuxième volet de son Cycle italien, Bar.
 
Après Il Campiello, une rencontre délicieusement grotesque entre Goldoni et Serge Denoncourt, un spectacle débordant de dérision et de lubricité, l'Opsis s'approprie Bar, le texte aigre-doux d'un dramaturge et comédien dans la quarantaine, Spiro Scimone. On parle d'une petite forme, truffée de formules savoureuses. Un théâtre intimiste pour deux personnages qui ne sont pas sans évoquer Laurel et Hardy ou encore Vladimir et Estragon.

On le sait, quand il s'agit de faire surgir des clowns là où on ne s'y attend guère, la metteure en scène Luce Pelletier n'a pas son pareil. Pensons notamment à sa relecture de Meurtre hors champ, la tragédie d'Eugène Durif. Mais les clowns de la directrice de l'Opsis sont le plus souvent tristes, confinés à de sombres destins, et néanmoins philosophes.

C'est bien le cas de Nino et Petru, les deux perdants magnifiques que nous rejoignons dans l'arrière-boutique d'un petit café peu fréquenté. Le premier gaillard, plutôt naïf, aspire à préparer les apéritifs plutôt que de laver le plancher du matin au soir. Le second, plus vif d'esprit, espère toujours que sa prochaine partie de cartes avec le mafieux du coin lui offrira le rythme de vie qu'il mérite.

Pierre-François Legendre et Marc Beaupré campent à merveille les deux individus empêtrés dans leurs illusions. Les deux hommes ne sont pas brillants, mais pas bêtes non plus, ils ne manquent pas de détermination, iront même jusqu'à poser des gestes graves, mais leur vie continue de tourner en rond. On les quitte malgré tout avec l'espoir qu'ils arriveront un jour à s'affranchir de leur condition.
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