
Saison 2011-2012
Il Campiello
de Carlo Goldoni
Les Enfants de la pleine lune
d'Emanuelle delle Piane
Frères
de Francesco Silvestri
2012-2013
Bar
de Spiro Scimone
514.522.9393
Il Campiello - Critiques
de Carlo Goldoni
C’EST BIEN MEILLEUR LE MATIN – LUNDI 11 OCTOBRE 2010
FRANCO NUOVO
Alors, Stéphane, vous êtes allé voir Il campiello, mis en scène par Serge Denoncourt. La critique est dithyrambique. En pensez-vous autant?
STÉPHANE LECLERC
Oui. Absolument. Cet Il campiello… un campiello c’est une petite place.
FRANCO NUOVO
Une cours intérieure en fait.
STÉPHANE LECLERC
Une cours intérieure. Donc, c’est ce qu’on voit dans ce spectacle de Goldoni. Quelques habitants ensemble qui discutent, qui veulent tout le temps faire la fête, qui veulent absolument se marier. Et c’était une des premières pièces que le Théâtre de l’Opsis a montée. À l’époque, il y a une vingtaine d’années, ça avait obtenu énormément de succès, en 1988. Il y avait eu une tournée au Québec pendant deux ans. Et Serge Denoncourt a voulu monter à nouveau cette pièce.
Ce qui est réussi, c’est qu’on garde toute une base de commedia dell’arte avec ces maquillages qui rappellent les masques, avec ces personnages qui ont une façon de bouger extrêmement stéréotypée. Un grand travail sur les voix aussi, il y a des voix très aigues ou des voix qui râlent. Mais on apporte tout un humour qui est beaucoup plus moderne, plus ironique, avec une distance. Entre autres, au tout début, il y a ce personnage de l’étranger qui est de passage qui explique un peu ce qui va se passer et en quoi consiste un campiello. Alors là, il montre le décor et un moment donné il dit « ici il y a une fontaine » mais dans le fond il y a juste un seau d’eau et il dit « c’est ça le Théâtre de l’Opsis ».
Je pense effectivement qu’ils n’avaient pas énormément d’argent pour monter cette pièce-là, mais Serge Denoncourt a fait preuve de beaucoup d’ingéniosité parce que le décor est assez magnifique. Pour créer cette façade d’immeubles, on a recyclé des portes et des volets et ça fonctionne vraiment très bien. On s’amuse beaucoup avec la langue italienne, avec ce personnage d’étranger de passage qui s’est inventé un espèce de langage italo-français assez rigolo. Adèle Reinhardt, qui était de la distribution originale il y a une vingtaine d’années, est de retour et elle nous fait un personnage italien stéréotypé tellement drôle lorsqu’elle dit « je vais parler à ta mère » et qu’elle va chercher un peu le côté italien que l’on reconnaît. Et puis, un moment donné, pour aucune raison, elle dit par exemple : « osso bucco » et elle ferme les volets. Il n’y a absolument aucun lien avec la pièce, mais ça fonctionne. Il y a le personnage de la snob qui essaie de bien perler. Et ça fonctionne toujours quand on remplace des « o » par des « a », elle a cette manie-là, et je vous invite à en écouter quelques secondes. (extrait audio)
Vous voyez, ça rit beaucoup. Ce qui est drôle, c’est que Serge Denoncourt est allé puiser dans les versions originale du texte de Goldoni pour ramener le côté plus obscène, les blagues salaces, et c’est ce qui fait le plus rire les spectateurs. Donc, c’est présenté pour encore plusieurs semaines, c’est à la 5ème salle de la Place des arts, ça débute le Cycle italien du Théâtre de l’Opsis qui, au cours des prochaines années, va présenter à la fois des classiques, on va reprendre entre autres un autre spectacle de Goldoni, mais on va aussi présenter de jeunes auteurs italiens qui sont même rarement montés et présentés en Italie, donc c’est à suivre.SAMEDI ET RIEN D’AUTRE – SAMEDI 9 OCTOBRE 2010
FRANCINE GRIMALDI
Cette semaine, en théâtre, la joie suprême, que toute la salle a ressentie et qui s’est prolongée dans les sourires à la sortie, c’est la magnifique production du Théâtre de l’Opsis, Il campiello de Carlo Goldoni qui ouvre allègrement le Cycle italien après Les Etats-Unis vus par… qui terminait le Cycle états-unien. Ça promet.
C’est un classique monté vraiment dans l’esprit italien, plus précisément parfaitement vénitien dans l’esprit. Et c’est monté avec brio par Serge Denoncourt. Toute l’action se passe sur la place, genre de Place Valois rue Ontario, c’est ça un campiello, c’est la place où se côtoient 4 ou 5 familles. Des familles très très très moyennes, genre balconville en commedia dell’arte. Assez grossiers comme personnages, basse classe. Les trois filles à marier sont sujettes aux ragots, à la compétition, aux négociations. Tout cela est amplifié quand arrive sur le campiello, un cavaliere campé par Luc Bourgeois avec désinvolture. Une désinvolture napolitaine. Il est à la recherche d’une fille à marier.
Toute la distribution est excellente. Chacun, chacune a son moment de gloire, son numéro extraordinaire. C’est à la 5ème salle de la Place des arts. Je vous dis. À ne pas manquer! Jusqu’au 30 octobre. C’est un régal!
JE L’AI VU À LA RADIO – SAMEDI 9 OCTOBRE 2010
RAPHAËLLE GERMAIN
Je suis allée voir Il campiello de Goldoni dans une mise en scène de Serge Denoncourt, à la 5ème salle de la Place des arts jusqu'au 30 octobre. Et j'y allais, je dois l'avouer, un petit peu à reculons, parce que, avec tout l'infini respect que l 'on doit à des auteurs comme Goldoni, je ne suis pas très sensible au théâtre classique et au genre : « moi je vais aller dire à la marquise que je l'aime, je vais mettre un faux nez et elle ne me reconnaîtra pas » et là tout le monde rit.
FRANCO NUOVO
Mais vous êtes pas mal bonne, je trouve.
RAPHAËLLE GERMAIN
J’ai beaucoup d'amour pour la valeur anthropologique de cette chose, mais ce n'est pas quelque chose qui, moi, m'amuse particulièrement. Donc, je me suis dit : là ça va être encore peut-être deux heures de ça et après, ça va être difficile d'en dire du mal, ça ne se fait pas.
C’était sans compter sur le Théâtre de l'Opsis. En fait, c'est une production du Théâtre de l'Opsis et ça débute leur Cycle italien. Avant, il y a eu le Cycle Tchékhov, le Cycle Oreste et le Cycle états-unien. Et Serge Denoncourt a dit dans les entrevues : on dit souvent de Goldoni qu'il est le Molière italien. Et il dit qu'en fait Goldoni, en vénitien, si on le lit, c'était un auteur qui écrivait sur le peuple. C'est un auteur qui écrivait des blagues extrêmement crues, souvent à la limite du mauvais goût, extrêmement vulgaire, et qui parlait comme le vrai monde et qu'on pensait à du Gratien Gélinas ici. Et donc je suis arrivée devant une scène qui était très classique. On a refait un petit campiello avec des portes, des fenêtres, la fontaine est représentée...
FRANCO NUOVO
Le campiello, c'est une petite cours intérieure.
RAPHAËLLE GERMAIN
Une petite place, voilà, à Venise, où tout le monde se connaît. Et la fontaine est représentée littéralement par un bucket rempli d'eau. D’ailleurs, le comédien qui vient nous expliquer le truc, dit : « et la fontaine, mesdames et messieurs, Théâtre de l'Opsis ». Alors, pour nous, on comprend tout de suite où est-ce qu'on est.
Ce que ça nous raconte : il y a trois jeunes filles qui sont toutes à marier. Leurs mères, elles, sont représentées avec des visages peints comme de vieilles sorcières acariâtre. Ça se passe à Venise et alors un étranger napolitain arrive. Qui va-t-il marier ? Il y a des guerres là-dedans. Il y a évidemment beaucoup d'affection, il y a du mauvais et du bon voisinage. Les comédiennes qui font les mères sont fantastiques. C’est du jeu très très gros, ce que je craignais. Mais cette fois-là c'est tellement… c'est embrassé, c'est cru. C’est dire : on va jouer dans la plus pure tradition. Moi, j'avais l'impression que je regardais un show de finissants de l'école de théâtre, pas parce que ce n'était pas professionnel, parce que c'était fait avec une passion et une fougue qu'on voit assez rarement. Alors, Annick Bergeron, Louise Cardinal et la fabuleuse Adèle Reinhardt dans les rôles des mères qui se donnent totalement. D’ailleurs, elles sont là jusqu'au 30 octobre, il va y avoir beaucoup d'extinctions de voix Je ne sais pas comment elles vont faire, elles hurlent tout le long. Et ça parvient à ne pas être achalant. Parce que d'habitude on se dit : des cris comme ça et le genre un peu vaudeville, des gestes extrêmement vulgaires… D’ailleurs, il y avait à côté de moi un couple qui était venu avec leur très jeune enfant, ils devaient être épouvantés.
FRANCO NUOVO
Oui, il paraît que c'est assez vulgaire.
RAPHAËLLE GERMAIN
Oui, c'est vulgaire, c'est trash, mais c'est très très drôle aussi et c'est extrêmement vivant. C’est ce que j'ai adoré aussi. De toute évidence, ces acteurs-là on un fun noir. La seule question que je me posais, c'est comment vont-ils survivre jusqu'au 30 octobre ? Parce qu’ils se donnaient comme si c'était une représentation qu'on ne fait plus jamais.
FRANCO NUOVO
Mais sous le fouet de Denoncourt.
RAPHAËLLE GERMAIN
Oui. C’est à la 5ème salle de la Place des arts et j'encourage tous ceux qui, comme moi, craignent Goldoni : allez-y. Parce que vraiment c'est de redécouvrir toute une tradition.
Le téléjournal – VENDREDI 8 OCTOBRE 2010
CLAUDE DESCHÊNES
Après le Piccolo teatro de Milano, là c’est le grande teatro de Serge Deoncourt. En fait, c’est le Théâtre de l’Opsis qui entame un Cycle italienavec Il campiello de Carlo Goldoni. Serge Denoncourt avait déjà fait cette pièce-là il y a plus de 20 ans et c’est un pur bonheur!
Venise comme vous ne l’avez jamais vue. La grande cité lacustre, qu’on appelle la Sérénissime, abrite aussi des pauvres qui vivent les uns par-dessus les autres. C’est à eux et à leur houleuse cohabitation que s’intéresse Carlo Goldoni dans Il campiello. L’argument est simple : les mères veulent marier leurs enfants, mais l’amour doit franchir plusieurs obstacles quand tout le monde s’en mêle, y compris un étranger qui ne parle pas la langue.
Après Chris Angel à Las Vegas et le Blues de la métropole, on perçoit le plaisir de Serge Denoncourt de plonger dans la commedia dell’arte. Son retour à la mise en scène de théâtre est éclatant. Il écarte ici la psychologie des personnages pour s’adonner à une joyeuse bouffonnerie qui fait sauter les verrous.
La direction d’acteurs de Denoncourt constitue un tour de force. Rarement voit-on un niveau de jeu aussi élevé de la part de tous les comédiens d’une distribution. On se croirait revenu à l’époque de la Boîte à surprise. Le décor impressionnant et les costumes ingénieux sont faits d’objets recyclés. Ce qui ajoute au bonheur simple d’Il campiello. On sort de cette production transporté par cette truculence contagieuse. Recommandable sans réserve.


