Menée par le vif désir de contribuer à l’effervescence d’une memoria féminine et par des intuitions survenues lors de nombreuses lectures, la directrice générale et artistique du Théâtre de l’Opsis, Luce Pelletier, se tourne vers des territoires féminins dans le cadre de son prochain cycle. 

À l’évidence, la place accordée aux femmes au sein de notre paysage théâtral actuel se trouve au cœur des préoccupations. Les écritures et discussions au féminin, du féminin, féminines, féministes et queer sont enfin nombreuses et protéiformes. Des lieux temporaires où échanger se créent : on se remémore, on s’instruit, on dénonce, on conteste, on dynamite et on recommence. Des générations de femmes se croisent. Des institutions se repositionnent, d’autres se maintiennent. Au meilleur, on prend le temps de se regarder dans les yeux et d’essayer de se comprendre ; on crée, on (s’)écoute, on célèbre et on se permet de rêver la suite.

À l’heure actuelle, le féminin se déplace à très grande vitesse et c’est tant mieux. Le Cycle des territoires féminins se veut un réservoir de ce temps qui file et duquel on doit s’impartir. S’octroyer un espace de solidarité. Une pièce que l’on occupe et que l’on ne doit à personne. Une espace loin des distorsions de la maisonnée. A room of one’s own, comme le nomme si bien Virginia Wolf dans son essai du même titre. Une sortie de l’économie politique et de la différence hiérarchique sexuelle.

Après la Scandinavie, le nouveau point cardinal du Théâtre de l’Opsis sera donc le féminin. La spécificité du terme n’est pas anodine. Elle permet de porter nos élans créateurs ailleurs que sur le plan de l’identité sexuelle biologique, de la féminité (le mythe) ou du féminisme (espace de lutte et contre-discours du mythe). Bien qu’il s’érige dans leurs périphéries, le féminin sonde une différence autre (F. Regard, 2002). Il répond à une construction et une pratique discursive tant culturelle, politique et sociale, qu’intime, privée (C. Cyr, 2019) et même secrète. Il est un espace poétique en perpétuel mouvement. Voilà le véritable sens de ce féminin : embrasser le mouvement de ses écritures ; suivre ses vents.

Quant au territoire, il faut se rappeler qu’avant d’être un espace délimité, il détermine un point de vue. En renvoyant à un regard, le nôtre, il agit comme mémento pour les années de recherches et de créations qui s’annoncent, nous rappelant de toujours nous situer – d’où je regarde? – afin de reconnaître ce qui, potentiellement, pourrait échapper ou teinter notre regard une fois rendu en salle de répétition.

Ainsi, le Cycle des territoires féminins délimite un lieu de création et pose une intention à cultiver, une direction à prendre pour les quatre prochaines années. Un chemin s’ouvre devant nous vers une traversée des terres au féminin. Un parcours où il nous sera possible de « marcher aux côtés de » et de « cheminer avec ». D’ailleurs, on dit de l’écriture qu’elle organise la pensée et de la marche qu’elle organise le monde autour de soi. Au fil de ces pérégrinations au féminin, nous espérons alors que de « nos orteils qui se dressent pour écouter », nos corps se mettent aussi à vibrer au diapason de ces voix qui résonneront sur nos scènes.

 

Texte de Myriam Stéphanie Perraton Lambert

LES SERPENTS

de Marie N’Diaye

du 12 novembre au 7 décembre au Théâtre Espace GO

Mise en scène de Luce Pelletier

Avec Rachel Graton, Isabelle Miquelon et Catherine Paquin-Béchard

« On ne revient jamais, quand on vient de gagner, sur le lieu où s’est livré la bataille, car sait-on ce qui nous attend, tapi dans l’ombre. »

– France

Madame Diss n’a pas fait la route à travers les longs champs de maïs jusqu’à la maison de son fils par sens de la famille, mais plutôt pour tenter de lui emprunter de l’argent. Mais celui-ci n’a aucune intention de sortir de la maison ni de permettre à sa mère d’y pénétrer. Madame Diss a deux belles-filles, Nancy (l’ex) et France (l’actuelle). Seule cette dernière a le droit d’entrer et de sortir de la maison. À l’intérieur, le fils de madame Diss, ogre qu’on dirait sorti d’un conte de fées, veille sur ses enfants, prêt à les dévorer au moindre signe de faiblesse.

Une menace plane toujours dans l’œuvre de Marie NDiaye. Théâtre de la cruauté ou polar inquiétant dans lequel se mêlent barbarie et civilité, LES SERPENTS (2014) est tout cela tandis que l’humour et l’humanité surgissent sous les mots ciselés de l’autrice afin de sonder le prisme de l’identité féminine. Elle construit un univers décalé, entre réalisme et onirisme, où le débordement du verbe mène au combat, au règlement de compte familial.

Afin d’amorcer le Cycle des territoires féminins du Théâtre de l’Opsis, Luce Pelletier donne la parole à Marie NDiaye, récipiendaire de nombreux prix, dont le Femina en 2001 pour son roman Rosie Carpe, le Goncourt en 2009 pour son roman Trois femmes puissantes, sans oublier le Prix du Théâtre de l’Académie française en 2012 pour l’ensemble de son œuvre. Née en France, d’une mère française et d’un père sénégalais, Marie Ndiaye commence à écrire vers l’âge de 12 ans; elle n’en a que 17 lors de la publication de son premier roman. Depuis, les critiques soulignent la singularité de sa langue et la puissance de son imaginaire unique qui mêlent le quotidien au fantastique.

Équipe de création

Mise en scène: Luce Pelletier
Texte: Marie NDiaye
Assistance à la mise en scène : Claire L’Heureux
Scénographie : Francis Farley Lemieux
Costumes : Caroline Poirier
Musique : Catherine Gadouas
Éclairages : Marie-Aube St-Amant Duplessis
Dramaturgie : Myriam Stéphanie Perraton Lambert

Une production du Théâtre de l’Opsis, avec la collaboration  d’ESPACE GO

Apprenez-en davantage sur les trois comédiennes...

Rachel Graton incarne Nancy dans Les serpents

Rachel Graton est diplômée de l’École Nationale de Théâtre et n’a pas cessé de nous éblouir depuis sa sortie. Jeune actrice aux multiples talents, nous avons pu la voir au petit écran dans plusieurs séries, telles que Faits diversNouvelle Adresse, Au secours de Béatrice, Boomeranget Les Simone. Sur les planches, elle interprète Marry dans la pièce d’Alice Ronfard Une vie pour deux, présentée à l’Espace Go, ainsi que le rôle de Rosette dans On ne badine pas avec l’amour au Théatre Denise-Pelletier. Elle participe également aux pièces Le prince des Jouisseurs au Théatre du Rideau Vert et Le Tartuffe au Théâtre du Nouveau Monde. En 2017, elle est de la distribution de Assoiffés au Théâtre Denise-Pelletier. En tant qu’auteure, elle signe le texte La nuit du 4 au 5, qui a été mis en scène au Théâtre d’Aujourd’hui dans la saison 2017-2018, dont les thèmes principaux rejoignent ses intérêts personnels : la résilience, les enjeux sociaux, la condition féminine et la mémoire collective. Elle a également écrit un deuxième texte, 21, qui traite de la relation entre une adolescente et une intervenante dans un centre jeunesse. Elle collabore avec le Théâtre de l’Opsis pour la première fois dans la pièce Les serpents.

Crédit photo: Éva-Maude T.C.

Isabelle Miquelon incarne madame Diss dans Les serpents

Isabelle Miquelon, formée au Conservatoire d’Art dramatique de Montréal, possède une riche expérience de jeu. Elle a été révélée au grand public par son rôle de Patricia dans Lance et Compte, et s’est par la suite illustrée dans plusieurs téléromans (Chop Suey, À nous deux, Super Mamies, 30 Vies, entre autres) et cette année, vous la verrez dans Cheval-Serpent, Clash II et Mon fils. Au grand écran (Hit and RunLes Immortels, La belle empoisonneuse) son interprétation de Mireille dans La dernière fugue (L. Pool) lui a valu une nomination aux Jutra en 2011. Au théâtre, elle a participé à plus de 30 productions, prenant autant plaisir à la création (Cérémonials, B. Poupart-2004) qu’aux grands rôles classiques (Toinette dans Le Malade Imaginaire , Y. Bilodeau-2000). Elle a fait ses débuts en jouant le rôle-titre dans La poupée de Pélopia de Michel-Marc Bouchard (M. Magny-1984), puis dans celui de Marilyn Monroe (Le phénomène M, L. Danis-1986).  Mentionnons In Extremis (S. Denoncourt-1984) pour lequel elle a remporté le prix Jan Doat. Elle s’est également imposée dans les premières œuvres de Daniel Danis en créant les personnages de la Mère dans Celle-là, et de Shirley dans Cendres de Cailloux. (L. Laprade-1993).  De 2009 à 2015, elle a porté sur les scènes du Québec et de France la prise de parole de Suzanne Lebeau sur les enfants soldats, Le bruit des os qui craquent. En 2017, elle incarnait Moss dans une version entièrement féminine de Glengarry Glen Ross (B. Poupart). Avec Les Serpents, Isabelle poursuit sa longue collaboration avec le Théâtre de l’Opsis, qui lui a permis d’explorer tant des personnages mythiques tels Médée (Les Grecques, L. Pelletier-1998), Hélène de Troie (Oreste : The Reality Show, S. Denoncourt-2004) et Clytemnestre (Elektra, L. Pelletier-2004), que des auteurs contemporains (L’honneur perdu de Katharina Blum, S. Denoncourt-1990, Ruines , J. Gaudreau-2008) ou de s’illustrer dans la fresque bouleversante sur l’époque stalinienne Le Vertige (L. Pelletier-2014).

Crédit photo: Éva-Maude T.C.

Catherine Paquin-Béchard incarne France dans Les serpents

Catherine Paquin-Béchard termine sa formation à l’École de théâtre du Cégep de Saint-Hyacinthe en 2011.  Dès sa sortie, elle participe à plusieurs productions du Théâtre de l’Opsis dont Les enfants de la pleine lune, Il Campiello, Commedia et Le Vertige. Elle joue également sous la direction de Frédéric Dubois dans À quelle heure on meurt? et de Loui Mauffette dans la dernière édition de Poésie, sandwichs et autres soirs qui penchent. Elle a foulé les planches du Théâtre Jean-Duceppe dans En cas de pluie aucun remboursement (Simon Boudreault) et celles du Théâtre d’Aujourd’hui dans J’accuse (Sylvain Bélanger). En 2019, Catherine a joué dans Rouge Speedo (Louis-Philippe Tremblay) au Prospéro, ICI (Gabrielle Lessard) à l’Espace Libre et Chansons pour filles et garçons perdus (Loui Mauffette) au Théâtre d’Aujourd’hui et à la PDA.  Au petit écran, nous l’avons vue dans Complexe G (TVA), Mon ex à moi (Série +) et Unité 9 (SRC). Au cinéma, elle est du film Chasse-Galerie : la légende, réalisé par Jean-Philippe Duval et de La chute de l’empire américain de Denys Arcand. Sur le web, nous avons pu la voir dans Polyvalente et dans Terreur 404.

Crédit photo: Andréanne Gauthier

À la rencontre des écritures féminines

Lectures publiques du Cycle des Territoires Féminins

Présenté en partenariat avec

Les Maisons de la Culture du Plateau Mont-Royal et de Rosemont-La-Petite-Patrie

Dans un désir de faire résonner de nouvelles dramaturgies  féminines étrangères et de les faire entendre à son public, le Théâtre de l’Opsis est enchanté d’entreprendre pour la première année de création du Cycle des Territoires Féminins, une série de lectures publiques présentées en partenariat avec les Maisons de la Culture du Plateau Mont – Royal et de Rosemont-La-Petite-Patrie au printemps 2020. Venez à la rencontre de cinq textes provenant des quatre coins du monde et mis en scène par cinq metteur.e.s en scène qui vous seront dévoilé.e.s au cours de la saison.

Ces lectures mettront à l’honneur la plume, l’audace et la sensibilité d’autrices de territorialité diverses par le truchement des thématiques, des enjeux et des environnements qui façonnent leur écriture et leur parcours. Dans une ambiance intimiste et conviviale, prenez part à l’expérience chaleureuse des lectures publiques et venez établir un contact privilégié avec les artistes de la compagnie. 

  • 25 mars 2020 à 19h30 - Maison de la Culture du Plateau-Mont-Royal
  • 7 avril 2020 à 19h30 - Maison de la Culture Rosemont-La Petite-Patrie
  • 15 avril 2020 à 19h30 - Maison de la Culture du Plateau-Mont-Royal
  • 22 avril 2020 à 19h30 - Maison de la Culture du Plateau-Mont-Royal
  • 23 avril 2020 à 19h30 - Maison de la Culture Rosemont-La Petite-Patrie
À la conquête des écritures féminines(1)