CYCLE DES
TERRITOIRES
FEMININS

Menée par le vif désir de contribuer à l’effervescence d’une memoria féminine et par des intuitions survenues lors de nombreuses lectures, la directrice générale et artistique du Théâtre de l’Opsis, Luce Pelletier, se tourne vers des territoires féminins dans le cadre du cycle actuel (2019-2023). 

Sucré seize (huit filles)

Récipiendaire du prix SACD de la dramaturgie francophone, Sucré seize (huit filles) de Suzie Bastien dresse le portrait de jeunes filles de 16 ans, qui se dévoilent à travers des monologues doux-amer, des danses et des chansons.

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RITA AU DÉSERT

À cinquante-trois ans, Rita Houle rêve de faire son entrée dans le monde et de devenir enfin une adulte. Elle est choisie pour participer à un rallye automobile se déroulant dans l’hostile désert de Gobi.

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THAT MOMENT – LE PAYS DES CONS

Inspirée de faits réels ayant eu cours en Moldavie, cette œuvre inusitée, au ton incisif et provocateur, est une critique cinglante de la société contemporaine, où la poursuite de la réussite individuelle pousse chacun à renier les valeurs humaines. 

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LES SERPENTS

Madame Diss n’a pas fait la route à travers les longs champs de maïs jusqu’à la maison de son fils par sens de la famille, mais plutôt pour tenter de lui emprunter de l’argent. Mais celui-ci n’a aucune intention de sortir de la maison ni de permettre à sa mère d’y pénétrer. Madame Diss a deux belles-filles, Nancy (l’ex) et France (l’actuelle). Seule cette dernière a le droit d’entrer et de sortir de la maison.

Lectures

Confiture russe de Ludmila Oulistkaïa

Mercredi 25 mars 19h30 – Maison de la culture du Plateau-Mont-Royal

Amsterdam de Maya Arad-Yasur

Mardi 7 avril 19h30 – Maison de la culture Rosemont

Suzy Storck de Magali Mougel

Mercredi 15 avril 19h30 – Maison de la culture du Plateau-Mont-Royal

Le iench d’Eva Doumbia

Mercredi 22 avril 19h30 – Maison de la culture du Plateau-Mont-Royal

Massacre de Lluïsa Cunillé

Jeudi 23 avril 19h30 – Maison de la culture Rosemont

Manifeste

À l’évidence, la place accordée aux femmes au sein de notre paysage théâtral actuel se trouve au cœur des préoccupations. Les écritures et discussions au féminin, du féminin, féminines, féministes et queer sont enfin nombreuses et protéiformes. Des lieux temporaires où échanger se créent : on se remémore, on s’instruit, on dénonce, on conteste, on dynamite et on recommence. Des générations de femmes se croisent. Des institutions se repositionnent, d’autres se maintiennent. Au meilleur, on prend le temps de se regarder dans les yeux et d’essayer de se comprendre ; on crée, on (s’)écoute, on célèbre et on se permet de rêver la suite.

À l’heure actuelle, le féminin se déplace à très grande vitesse et c’est tant mieux. Le Cycle des territoires féminins se veut un réservoir de ce temps qui file et duquel on doit s’impartir. S’octroyer un espace de solidarité. Une pièce que l’on occupe et que l’on ne doit à personne. Une espace loin des distorsions de la maisonnée. A room of one’s own, comme le nomme si bien Virginia Wolf dans son essai du même titre. Une sortie de l’économie politique et de la différence hiérarchique sexuelle.

Après la Scandinavie, le nouveau point cardinal du Théâtre de l’Opsis sera donc le féminin. La spécificité du terme n’est pas anodine. Elle permet de porter nos élans créateurs ailleurs que sur le plan de l’identité sexuelle biologique, de la féminité (le mythe) ou du féminisme (espace de lutte et contre-discours du mythe). Bien qu’il s’érige dans leurs périphéries, le féminin sonde une différence autre (F. Regard, 2002). Il répond à une construction et une pratique discursive tant culturelle, politique et sociale, qu’intime, privée (C. Cyr, 2019) et même secrète. Il est un espace poétique en perpétuel mouvement. Voilà le véritable sens de ce féminin : embrasser le mouvement de ses écritures ; suivre ses vents.

Quant au territoire, il faut se rappeler qu’avant d’être un espace délimité, il détermine un point de vue. En renvoyant à un regard, le nôtre, il agit comme mémento pour les années de recherches et de créations qui s’annoncent, nous rappelant de toujours nous situer – d’où je regarde? – afin de reconnaître ce qui, potentiellement, pourrait échapper ou teinter notre regard une fois rendu en salle de répétition.

Ainsi, le Cycle des territoires féminins délimite un lieu de création et pose une intention à cultiver, une direction à prendre pour les quatre prochaines années. Un chemin s’ouvre devant nous vers une traversée des terres au féminin. Un parcours où il nous sera possible de « marcher aux côtés de » et de « cheminer avec ». D’ailleurs, on dit de l’écriture qu’elle organise la pensée et de la marche qu’elle organise le monde autour de soi. Au fil de ces pérégrinations au féminin, nous espérons alors que de « nos orteils qui se dressent pour écouter », nos corps se mettent aussi à vibrer au diapason de ces voix qui résonneront sur nos scènes.

 

Texte de Myriam Stéphanie Perraton Lambert